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S’ouvrir au « Magis » pour tous des élections…par Jean-Luc Fabre, sj.

De quoi avons-nous besoin pour que les élections aient lieu ? 

Certes, il est bien nécessaire d’avoir des candidats, et cela occasionne souvent beaucoup de souci pour chaque Escr qui doit contempler sa Communauté régionale, les membres de celle-ci, et aussi recueillir les perceptions et les recommandations des membres, puis prier et discerner pour appeler…

Et, là encore, un nouveau cycle recommence pour ceux qui sont appelés, qui ont d’abord à se laisser toucher par l’appel, puis à s’éprouver disponible ou non, à laisser monter des sentiments de joie, de dynamisme, de tristesse, de doute pour plus ou moins rapidement s’éprouver dans une disponibilité à dire « oui », « oui » à une aventure dont il est difficile de donner a priori les contours ou bien dire « non » parce qu’un autre appel résonne plus fort…

Et un beau jour, un nombre plus ou moins important de candidats répondent… 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6…

Alors c’est vrai que si nous considérons tout le cheminement vécu auparavant, les élections ne semblent pas si importantes, elles semblent même aller de soi après toute cette préparation, ces temps de prière, de discernement, de paroles échangées… Et pourtant, elles sont porteuses d’une profonde signification pour le membre élu ou non, pour la communauté régionale, pour la communauté nationale.

L’élection, ce qu’elle fait chez le candidat…

La personne candidate a discerné, elle s’éprouve comme disponible, dans une disponibilité large qui peut aller jusqu’au point suivant : « je suis prêt à servir et, au bout du compte, même si je ne suis pas élu, je demeurerai dans cette attitude d’ouverture joyeuse dans ma vie… ». Un peu comme Ignace, ayant pris sa décision de dire à François de Borgia qu’il ne serait pas opportun de devenir cardinal, tout en acceptant que la décision soit autre sans qu’il n’en soit altéré : « Cependant, j'ai pensé et je pense encore que ce fut la volonté de Dieu que j'adopte cette position, et d'autres une position contraire en vous conférant cette dignité, sans qu'il y ait la moindre contradiction. Le même esprit divin a pu me mouvoir à cela par certaines raisons, et mouvoir les autres au contraire par certaines autres pour qu'à la fin le dessein de l'empereur s'exécute »[i].

L’élection a lieu avec son aspect tranchant, les bulletins sont comptés, le résultat s’impose. Etre élu me dit que je reçois cette mission de la Communauté, la Communauté me reconnaît, s’engage avec moi, nous faisons alliance, nous sommes conduits. Ne pas être élu veut dire que ce à quoi j’aspirais devra trouver un autre lieu de réalisation, que l’appel du Seigneur me conduit ailleurs, combien de fois dans nos vies, un détour, un ajournement se révèlent au bout du compte bénéfiques… Sachons toutefois accompagner ces compagnons dans ce chemin difficile.

Retenons aussi que dans tous les cas, le candidat est appelé à vivre une dépossession de lui-même, à éprouver qu’il n’est pas seul mais qu’il est appelé à être conduit avec d’autres[ii]… par d’autres. Nul ne peut prendre une décision qui va se mettre en œuvre sans être en lien avec d’autres.

Alors faisons, nous aussi, ce cadeau aux futurs membres de l’Equipe Service de notre Communauté Régionale, élisons les selon la manière de la Communauté. Ils vivront leur service dans une plus profonde attitude de service, non seulement à partir de leur conviction propre mais de la parole donnée par leurs compagnons de communauté régionale.

Mais le cadeau ne s’arrête pas là…

Une Communauté régionale qui élit les membres de son Escr entre dans une prise de conscience nouvelle d’elle-même. A travers les votes, elle s’éprouve comme travaillée par l’action de l’Esprit, confortée dans sa capacité à entreprendre, à parler, à discerner, à décider et à s’engager[iii].

Alors même si les « jeux sont faits », il y a bien plus que le simple résultat numérique, il y a cette circulation de la parole qui conforte chacun : le candidat élu qui devient membre de la nouvelle Escr, le candidat non élu qui repart avec une disponibilité appelée à grandir et qui trouvera à s’incarner autrement, la Communauté régionale qui se donne son Escr qu’elle reçoit comme don de Dieu, la Communauté nationale enfin qui vit de toute cette vie au plus près de l’humus des réalités quotidiennes…

Jean-Luc Fabre, sj


[i] Revue Vie Chrétienne, numéro 33, page 33

[ii] Le Pape François a témoigné de ce que l’élection a produit en lui. Nous gardons tous en mémoire la manière dont il a demandé à la foule immense sur la place Saint Pierre de prier avec lui et pour lui après son élection qui était action du Seigneur en son Eglise. http://www.news.va/fr/news/deux-ans-de-pontificat-le-pape-se-confie-a-la-tele

[iii] La magnifique naissance de l’Eglise rapportée dans le chapitre deux des Actes des Apôtres n’aurait pas eu lieu si les événements relatés ou évoqués en Actes 1 n’avaient pas eu lieu. Les Apôtres, les Onze, sous l’impulsion de Pierre, décident de reconstituer le groupe des Douze. Il y aura l’élection de Matthias, appelé avec un autre candidat à partir de quelques critères… comme en CVX. Cette élection, ce choix, marque un irréversible, une ouverture confiante en l’avenir… Mais là n’est pas l’essentiel. Il y a surtout eu tout le travail secret des apparitions du Ressuscité qui, peu à peu, a guéri les apôtres de leur terrible culpabilité : avoir trahi, avoir l’un d’entre eux suicidé, comment avoir envie de continuer, de reprendre… plutôt tout arrêter. Mais tel n’aura pas été le chemin. Le pardon reçu a, peu à peu, rouvert un avenir qui est bien dans la continuité de ce qui aura été vécu. Elire Matthias c’était dire que le groupe lui aussi avait traversé la mort, qu’il recevait sa vie d’un Autre, une vie appelée à croître…